Allocution d’ouverture

 

Pendant près de quatre cents ans d’esclavagisme et plus tard de colonialisme, l’être humain a été asservi. Dans ce contexte, si la supériorité supposée des blancs, des riches et la soi-disant infériorité des noirs et des pauvres ont été présentées et justifiées comme conformes à l’ordre normal des choses ; Aujourd’hui encore plusieurs pays, anciennement colonisateurs, continuent à entretenir officieusement une situation de domination économique et politique qui maintient le tiers-monde, et plus spécialement l’Afrique, à l’état de simple réservoir de matières premières.

La France a eu certes le mérite de reconnaître que l’esclavage est un crime contre l’humanité, cependant il reste beaucoup à faire pour que cette reconnaissance soit pleine et entière dans la pratique. Comme vous le savez, notre société est imprégnée dans ses modes de pensée et ses comportements, par les séquelles de l’esclavagisme et du colonialisme, ce qui explique la persistance de la xénophobie et des discriminations qui se perpétuent au sein même de nos institutions, qu’elles soient sociales, économiques, culturelles, éducatives … voire syndicales ou politiques.

Si nous sommes tous réunis aujourd’hui, ce n’est pas pour accuser ou s’excuser ou se repentir, mais pour construire une mémoire partagée, pour montrer que le silence qu’entretiennent les praticiens du racisme ne nous a pas endormis et pour dire qu’il est possible de briser cette barrière du silence.

Ce passé, nous devons l’assumer en commun et le regarder en face, car c’est dans la référence à ce passé que se forgent les consciences et que l’on peut conforter les fondements de la démocratie et des droits humains. C’est sur ce terrain des droits humains et de l’égalité des droits dans la pratique, qu’une mémoire partagée pourra se construire et qu’un travail historique pourra prendre corps.

Il est de notre devoir impératif de ne point nier un fait historique définitivement établi et reconnu comme crime contre l’humanité.

L’organisation de cette conférence ne vise pas à une commémoration affective, empreinte de regrets et de pleurs, mais tend plutôt à réaliser un travail de mémoire, une réflexion objective et démystifiante sur ce passé sombre. Ce passé non exploré a souvent, dans nos sociétés contemporaines, donné corps aux thèses xénophobes.

Appréhender et analyser de manière approfondie cet épisode historique, permettra sans nul doute de mieux comprendre les discriminations inacceptables qui se manifestent au quotidien.

J’aimerais croire que la commémoration qui nous réunit les uns et les autres puisse être l’occasion de rappeler le droit à une réparation équitable, notamment de l’histoire et de la mémoire de tous ceux et celles qui souffrent de la xénophobie, du racisme, de l’intolérance et de la discrimination.

Je vous remercie.

Allocution de clôture

Notre conférence, aujourd’hui, a accordé une place privilégiée aux réflexions sur la mémoire et se veut une contribution à la formation d’esprits ouverts et tolérants.

Les pays développés se doivent de reconnaître le fait que leurs sociétés sont aussi caractérisées par un vieil héritage fondé sur les pratiques de l’esclavage, du colonialisme, de la xénophobie et du racisme.

Nous avons les uns et les autres, le devoir de transmettre et de restituer l’histoire du passé dans la sérénité, sans haine ni passion mais avec conviction et détermination afin que les générations futures n’oublient pas et se souviennent.

Le premier pas nécessaire à ce sujet est une reconnaissance inconditionnelle par l’ONU et l’Union européenne de l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Un passé qui n’est pas complètement exploré donne lieu pour les générations actuelles, à des frustrations et traumatismes.

Quoiqu’il en soit, une période longtemps masquée et refoulée se manifeste, au quotidien, dans les maux auxquels sont confrontées nos sociétés actuelles : violence, racisme, inégalités et intolérance.

L’une des composantes majeures de la nouvelle citoyenneté est, sans conteste, le devoir de mémoire et de reconnaissance, devenu impératif pour aider à connaître et à prendre conscience des événements qui ont assombri l’histoire de l’Europe et du monde en général.

L’avenir de notre jeunesse ne sera meilleur que dans le cadre d’un enseignement claire et précis de l’histoire et de la mémoire, pour éviter que les horreurs du passé ne se reproduisent.

De plus je tiens à souligner, ici, qu’il n’y a rien de positif dans la colonisation et la discrimination ; au contraire, elles doivent l’une et l’autre être condamnées sans équivoque.

Enfin, je saisis cette occasion pour rappeler que la réussite de l'intégration en France et en Europe repose sur l'acquisition des mêmes droits et devoirs pour tous, et non par un savant dosage de cooptation d’individus ne représentant qu’eux mêmes.

Restons solidaires et mobilisés afin de combattre toutes les formes d’intolérance, d’injustice, de rejet et de racisme et pour le respect du droit et de la dignité des femmes et des hommes dans leur diversité qui est une richesse de notre pays.

 

 

 

 



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