M. Michel Arab
Editeur, Secrétaire Général du Cercle des Intelletuels Maghrébins (C.I.M.)
Cette troisième conférence se veut de marquer un tournant dans les travaux de réflexion que, depuis déjà 3 ans, nous menons sur l'exclusion, la discrimination et la négation. Terme, je crois qui convient pour nos droits, 20 ans après la première marche des beurs pour l'égalité.
Même, si pendant cette période des pans entiers de la société se sont davantage ouverts aux citoyens d'origine extracommunautaire, au même titre d'ailleurs que pour les femmes. Il en va ainsi pour l'école, le petit commerce, les professions libérales, le sport, la culture.mais, en revanche des segments entiers, contre le sens de l'histoire, restent hermétiquement clos. C'est le cas des syndicats, de la haute administration, des partis politiques.
Quels sont donc, les niveaux, les degrés et les mécanismes qui systématiquement freinent la promotion des militants des partis, au point de les voir cantonés majoritairement au rôle d'utilité, bons pour les collages d'affiches ou la claque dans les meetings ? Comment taire cette interrogation, sur le fait, par exemple, qu'un français de la seconde génération issu de l'immigration, autre que maghrébine ou subsaharienne puisse, sans difficulté d'aucune, être ministre voire présidentiable alors que nous autres 3 ème et 4 ème génération sommes encore sommés de nous intégrer et considérés pas prêts, pas aptes à assumer les responsabilités d'une charge politique ?
C'est d'autant plus frustrant que d'autres issus des mêmes espaces géographiques, avec la même culture, mais n'appartenant tout simplement pas à la civilisation arabo-musulmane ou panafricaine ne rencontrent eux aucune difficulté à porter les couleurs, au plus haut niveau, de tel ou tel parti !
Quelle est donc cette tare originelle qui nous condamne, malgré les réussites, les expériences, les aptitudes, les engagements à n'être que les seconds couteaux de la politique de ce pays ?
Voyez-vous, nous avons longuement et profondément réfléchi à cette situation et invariablement nous sommes conduits à ce constat.
1/ Les mécanismes des investitures au sein des partis politiques répondent apparemment à une double allégeance, nous en avons l'illustration notamment pour les régionales (j'y reviendrai tout à l'heure)
2/ Notre incapacité en tant qu'africains du Nord ou subsahariens à nous organiser et à rassembler nos forces pour peser du réel poids de notre représentativité sur les décisions des appareils politiques. Certes, nous ne sommes pas aidés en la matière. L'action associative, amont naturel de l'engagement politique, se trouve massivement investi par des "agitateurs" appointés, véritables mercenaires, à la solde du plus offrants. Nous qui sommes ici, ne pouvons que témoigner de ces pratiques qui font que quelques individus, autoproclamés représentants exclusifs de telles ou telles communautés, se voient sans vergogne être reçus avec les honneurs dans les bras de la République et bénéficier largement de ses subsides, voire de sa reconnaissance.
Nous ne pouvons et nous ne devons plus tolérer, au regard du 21 avril, et de ses conséquences possibles, de telles pratiques, malheureusement encore entretenues par certains responsables.
Faudrait-il en la matière rappeler les privilèges, les protections, les promotions fulgurantes de ces gens ? Les pressions exercées sur le corps associatif pour imposer telle ou telle organisation fabriquée de toute pièce pour quelques circonstances alibis, au détriment du travail réel de terrain, de l'action positive de ceux qui portent de véritables projets pour le bien commun de tous ?
Ces pratiques d'un autre âge, que nous voudrions voir définitivement disparaître, portaient un nom en d'autres lieux et d'autres temps, pas si éloignés de nous d'ailleurs, prouvant leur incongruité leurs méfaits.c'était le caïdat .
Il est fort dommage que les leçons de l'histoire n'éclairent davantage les décisionnaires d'aujourd'hui ! Enfin, pour être complet sur ce sujet, il nous faut lancer, publiquement, un signal d'alerte, sur la façon dont ces derniers temps est instrumentalisé l'Islam, avec son lot d'amalgames, de confusionnismes, d'interprétation à l'emporte pièce voire de dérives. Là encore, un autre espace, cher à bon nombre d'entres nous, nous éclaire pourtant sur les dangers d'une politisation à l'extrême de cette religion brandie comme ultime rempart à l'accès aux responsabilités politiques dans ce pays.
Nous devons y prendre garde et ne pas laisser les apprentis sorciers nous conduire sur cette voie.