M. Mohamed BENKHALIFA

Président

Les thèmes qui vont être abordés aujourd'hui le seront à travers trois ateliers. Les intervenants qui sont, ce matin, avec nous aborderont le thème : « Les espaces socioculturels et médiatico-politiques ne jouent-ils pas un rôle de diabolisation à même de freiner les gommages des disparités entre les citoyens français, européens ? »

Après les interventions de notre Président et de Michel Arab , le débat est lancé, cadré sur l'idée que, finalement, le danger aujourd'hui n'est plus d'avoir des partisans pour tel ou tel camp, mais plutôt de se poser la question sur l'altérité, sur les autres. Car nous parlons très souvent parler de discrimination positive, d'égalité effective. Et de l'égalité effective à la discrimination positive, qui se confrontent finalement à la notion de justice et d'équité - le problème persiste toujours. Du conflit israélo-palestinien, puisque, aujourd'hui, il émerge dans notre société, à la problématique des banlieues qui force abusivement une espèce de corrélation qui éveille odieusement de vieux démons cherchant à nier l'histoire des uns et à reléguer davantage les autres. De la laïcité au phénomène du foulard - nous y sommes ! Situation, somme toute, qui cherche à sauver la V ème République qui semble s'essouffler. Du clivage gauche/droite à la translation ordre/désordre, qui annonce la fin d'une démocratie de principe et qui cache encore une fois une crise de la V ème République et qui soulève l'inefficacité institutionnelle, sur ce point en tout cas, de la nation.

Tout concorde pour dire que l'enjeu n'est pas de faire des appels aux mobilisations des énergies, mais plutôt d'éviter les fins partisanes et de se diriger vers l'introspection de soi, de tout un chacun, et aux respects des multitudes. Nous ne sommes plus dans une démocratie de masse - nous l'avons compris le 21 avril. Ce sont les multitudes qui s'expriment. Les alternatives doivent se mettre en place, mais surtout en se posant la question fondamentale de la responsabilité et de l'éthique. Ainsi, en définitive, l'enjeu est que « l'autre », la minorité, ceux qui sont aujourd'hui relégués dans l'inconscient collectif dans nos banlieues , que toute cette force vive ne se retranche pas dans un ailleurs. Car nous avons besoin d'eux. Nous avons besoin de leur oeil. Car prenons garde ! Rien ne se fera sans l'oeil éclairé de ces minorités qui indubitablement - et cela se vérifie dans l'histoire de notre pays - détiennent en soi, à travers leur incompétence supposée, une compétence par excellence, car elle se base sur le vécu des gens d'en bas, comme diraient certains. Que toute cette force, disais-je, détient la clé de la Réforme et de l'inspiration nécessaire aux législateurs de demain.

Tout ceci pour dire qu'autrui n'a pas forcément besoin de présence et d'assistanat, mais plutôt que l'on est la capacité « à être en lui ». Et pour cela, bien évidemment, sa part de responsabilité, à lui aussi, est de s'inscrire dans une communauté nationale. Et par conséquent, de refuser tout communautarisme. Mais, s'il s'ouvre, il y a aussi danger. Car s'il s'ouvre à cette perspective, celui qui le regarde, du haut de la majorité culturelle, doit siéger en lui sans aucune espèce de méfiance. Et si, parfois, il prend la parole d'une façon que l'on ne voudrait pas entendre, il faut pourtant l'écouter. Comme disait Averroès, à peu de chose près : « je ne suis pas d'accord avec ce que vous dîtes, je ne suis pas d'accord avec ce que vous allez dire, mais je ferai tout, jusqu'à la mort, pour entendre ce que vous voulez dire ».

C'est dans ce sens que se profile notre ambition, à AIDE, que j'ai l'honneur et le privilège de représenter à New York, puisque, comme vous le savez, cette ONG fait partie du Conseil Économique et Social de l'ONU. Depuis toujours, la volonté de notre ONG se limite à l'avènement d'une société réconciliée avec elle-même, comme l'aime tant dire notre cher Président. Enfin, c'est dans cet esprit que nous travaillons au sein de l'ONU.

Nous voulions vous réunir aujourd'hui, autour de notre conférence, qui est, comme le disait Michel ARAB, la 19 ème . En liminaire, je voudrais rappeler pour cadrer le débat en vous disant clairement que les personnes qui sont présentes ici ne pourront être touchés dans leur personne, même si leur idées, pourraient être contestables et assurément, elles l'ont été pour certains, de mon point de vue. Alors, bien sûr les idées peuvent être combattues, mais jamais sur la base de procès d'intention. Et je serais ici garant de cette règle.

Enfin, je finirais par dire, très simplement, que nous aurions tout intérêt à nous laisser inspirer par le maître LEVINAS , qui disait, comme vous le savez : « autrui convoque avant toute liberté » . Intéressons-nous à l'autre. Et j'espère que les propositions, qui seront données aujourd'hui dans la salle, s'intéresseront à cette idée-là.

Pour cela nous recevons aujourd'hui Hanane HARRATH , qui est une jeune universitaire qui prépare un doctorat à Sciences Po ; notre ami Amirouche LAIDI , qui est Secrétaire départemental UMP des Hauts-de-Seine et aussi Maire-adjoint à Suresnes, délégation développement durable ; Marie Thérèse ATALLAH , conseillère de Paris, et Tariq RAMADAN , membre du groupe des Sages de la Commission européenne sur le Dialogue entre les peuples et les cultures dans l'espace euro-méditerranéen. Je cède d'emblée la parole à Hanane HARRATH.

 

 

 

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