Intervention de Madame Isabelle DEBRÉ .
Première adjointe au Maire de Vanves. UMP
Bonsoir à tous. Merci Monsieur EL HAKKAOUI de m'avoir invitée, merci Madame, merci aussi à vous Monsieur Michel ARAB. Rachid et moi ne nous connaissions pas. Tout au plus nous sommes nous entraperçus entre deux portes. En tout état de cause je trouve très constructif que nous puissions discuter ensemble sur l'égalité des chances, et tout particulièrement dans le milieu politique. C'est original de voir à la même tribune une femme et une personne issue de l'immigration débattre de ce sujet. L'objectif, m'a-t-on dit, est que vous puissiez poser toutes les questions que vous voudrez, auxquelles nous nous efforcerons de répondre. Pour ma part, je suis toute prête à répondre avec franchise et je ne suis en général pas cataloguée comme ayant la langue de bois. Ça me fait plaisir de voir que, dans cette salle, il y ait beaucoup de femmes. Ç'est sympathique et ce sera sûrement très instructif. En effet j'ai pu constater que ce sont souvent elles qui posent les questions les plus dérangeantes, et c'est bien. Il faut savoir faire preuve de courage, dire ce que l'on pense et faire ce que l'on dit ; ça aussi c'est une chose que beaucoup de politiques doivent intégrer. J'attends avec beaucoup d'impatience vos questions auxquelles je répondrai avec le plus de précision et d'honnêteté possible.
Réponse d'Isabelle DEBRÉ à la question de Michel ARAB : « comment votre trajectoire, personnelle, en tant que femme, se fond dans votre parti politique, l'UMP ? »
Je vais essayer d'être très brève car je sens qu'il y a beaucoup de questions dans la salle et je souhaiterais pouvoir y répondre. Mon parcours politique ? Il est un peu atypique. J'étais chef d'entreprise, et n'avais strictement rien à voir avec la politique, contrairement à ce que mon nom pourrait faire penser. Je ne suis qu'une « pièce rapportée », ou, comme le disait plus gentiment et plus joliment mon grand-père, lorsqu'il parlait de ses belles-filles ou de ses gendres, une « valeur ajoutée », de cette famille bien connue dans la politique. En 1995, on est venu me demander d'être élue locale à Vanves, dans les Hauts-de-Seine ; nous avons malheureusement perdu notre mairie à une voix sur 15 000 potentielles. Pourquoi j'insiste sur ce fait ? Quand vous parliez tout à l'heure, Rachid, de convaincre nos concitoyens de voter, c'est vrai que depuis cette expérience je dis toujours à tous, et tout particulièrement aux jeunes, qu'ils doivent voter. Ils doivent voter, même blanc, peu importe, mais ils doivent voter. Beaucoup de nos ancêtres ont donné leur vie pour que l'on obtienne cette liberté si précieuse, en France ; nous nous devons de ne pas la mépriser. A titre personnel, je peux vous dire que je suis pour la reconnaissance du vote blanc. En France, il est vrai que cette reconnaissance n'existe pas encore.
Je suis donc arrivée à la politique par le biais associatif, puisque j'ai travaillé et travaille encore au sein d'une association qui lutte contre la maltraitance des enfants, et ce, bien avant de faire de la politique. Cette association s'appelle « L'Enfant Bleu, enfance maltraitée » dont vous avez peut-être entendu parler. C'est cette expérience qui m'a encouragée à faire avancer les choses sur le terrain politique ; je suis donc devenue militante de base du RPR. Au moment des élections internes du RPR, j'ai décidé de soutenir Michelle Alliot-Marie, parce que j'avais confiance en cette femme. Les journalistes ont été un peu étonnés de mon choix. J'étais alors conseiller municipal d'opposition, puisque nous avions perdu la mairie, et j'ai soutenu, véritablement à titre personnel, la candidature de Michelle Alliot-Marie. Lorsque Michelle Alliot-Marie a été élue, elle m'a demandé d'être Secrétaire nationale à l'Action Humanitaire et aux Droits de l'Homme au sein du RPR. J'ai assumé ces fonctions. J'ai, par la suite, donné ma démission, ou plus exactement demandé que l'on me décharge de cette responsabilité, lorsque je me suis présentée en 2001 aux élections municipales de ma ville. A cette occasion j'ai été devancée par un candidat UDF. Nous avons fait alliance au second tour et je suis aujourd'hui Premier Adjoint au Maire. Je suis aussi Suppléante du député de ma circonscription depuis deux mandatures.
Voilà mon parcours politique, brossé très rapidement. Je souhaiterais véritablement - même s'il est vrai que ce n'est pas moi qui mène le débat - que l'on donne la parole à la salle pour que le maximum d'entre vous puisse s'exprimer. Nous pourrons alors parler d'égalité des chances, par exemple pour les femmes, dans les partis politiques. C'est à vous de poser les questions auxquelles je répondrais avec plaisir.
Des participants dans la salle interpellent Isabelle DEBRÉ. Les uns expliquent que, selon eux, une fois élus en politique, nombreux sont les militants qui délaissent l'associatif au profit de leurs intérêts personnels. Les autres, membres de l'UMP, s'expriment sur le fait que, selon eux, il n'existe pas d'égalité des chances au sein de ce parti politique.
Isabelle DEBRÉ répond :
Je voudrais répondre à trois questions. La première, Monsieur, tout à l'heure, vous parliez de l'associatif. Alors là je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous. Comme je vous l'ai dit, je milite activement dans une association qui lutte contre la maltraitance des enfants et, quoi qu'il arrive je continuerai. Si je devais choisir entre mon mandat politique et mon engagement associatif, bénévole, bien évidemment, le choix sera très vite fait. Je pense sincèrement que les deux sont compatibles et que, même, ils s'enrichissent mutuellement. Croyez-moi, si l'on ne pense qu'à la politique toute la journée, c'est une très mauvaise chose. Il faut de temps en temps avoir d'autres centres d'intérêts et voir s'ouvrir d'autres horizons. Pour moi c'est essentiel.
La deuxième question, Madame. Je rejoins totalement ce que vous avez dit du point de vue des candidatures. J'ai une expérience de terrain depuis plus de 8 ans, puisque j'ai véritablement démarré en 1995. Mais lorsque j'ai voulu, en 2001, constituer ma liste pour les élections municipales, et bien croyez-moi, j'ai cherché, et je n'ai pas toujours trouvé les candidatures que j'aurais souhaité avoir, et entre autres, des candidats issus de l'immigration. Cela va peut-être vous étonner mais cela ne se trouve pas si facilement, de même que les candidatures féminines. J'ai passé six ans dans l'opposition. A l'époque c'était Charles Pasqua, aujourd'hui c'est Nicolas Sarkozy qui est mon « patron » politique dans les Hauts-de-Seine. Je me souviens quand, en 1995, je me suis retrouvée dans l'opposition, il m'a regardée et m'a dit : « vous savez mon petit, l'opposition c'est une excellente école ». Et je lui ai répondu : « Vous avez raison, mais deux ans m'auraient peut-être suffit. Six ans c'est long ». Pendant ces six années d'opposition j'ai beaucoup travaillé. Monsieur, vous avez parlé des candidatures au sein de l'UMP. Lorsque j'ai été élue, il y avait en place un homme, qui était le suppléant du député, l'ancien Maire, conseiller régional et le responsable local du RPR. Je suis alors arrivée avec mon petit bâton de pèlerin. Il y a dans la salle un Monsieur discret, sur la gauche, qui est adjoint au Maire aujourd'hui avec moi et qui peut témoigner. Il y a trois militants qui sont venus me voir, qui m'ont dit « écoutez Isabelle on vient avec vous, on part avec vous parce que je crois qu'il faut que l'on fasse quelque chose dans notre ville et que vous preniez la responsabilité du RPR ». J'avoue que c'était un pari difficile. J'avais en face de moi un homme bien implanté, qui avait six ans de plus que moi, donc ce n'était pas quelqu'un que l'on pouvait mettre à la retraite. Alors nous avons travaillé. Et Madame je rejoins parfaitement ce que vous dîtes : la chance il faut aussi la saisir. Nous sommes partis à trois militants en 1997 et nous sommes aujourd'hui 350. C'est le fruit d'un travail en profondeur.
Sur un autre point évoqué tout à l'heure, je ne suis pas d'accord : cela concerne les élections internes de l'UMP. Il y a sûrement une partie de vérité, ce n'est pas la peine d'avoir la langue de bois : il est possible que dans les hautes sphères, il y ait des calculs politiques, mais au niveau de la base, là je suis totalement en contradiction avec la personne qui s'est exprimée. Je peux vous dire que, dans ma circonscription, comme pour tous, je dois affronter les urnes. La première fois, ça s'est passé très moyennement. C'était d'ailleurs un vote qui avait été initié par Charles Pasqua. C'était par écrit, il fallait mettre son nom, etc. Je peux vous dire, je me suis fait battre, 70 % pour mon prédécesseur, 30 % pour moi. J'ai accepté la défaite et je me suis bagarrée, car j'estime que l'on à pas à se battre à l'intérieur de son propre parti, mais je dirais plus exactement que j'ai décidé de m'imposer par le travail. Nos véritables adversaires sont ailleurs ; et ces querelles de personnes, ces querelles internes sont inadmissibles ! Je suis désolée, je n'accepte pas ce genre de choses. Alors nous avons travaillé. Et lorsque nous avons eu des élections à bulletin secret, là le score s'est inversé. Mon collègue peut en attester. Cette victoire est due au travail fourni. Donc Mesdames - parce que la discrimination n'est pas qu'envers les personnes issues de l'immigration, mais aussi envers les personnes féminines -, c'est à nous, Mesdames, et Messieurs et Mesdames issus de l'immigration, de nous battre. J'ai d'ailleurs peut-être fait une erreur, je le reconnais. J'étais contre la loi sur la parité, totalement contre. Michelle Alliot-Marie et moi nous avons été les deux seules à voter contre cette loi sur la parité, lorsque nous exercions des responsabilités au sein du RPR. J'ai peut-être fait une erreur en votant contre, parce qu'effectivement, nous n'étions sans doute pas capables, dans notre pays, de régler le problème autrement que par une loi. J'en suis désolée et trouve cela bien regrettable. Doit-on aussi faire une loi concernant la représentation des personnes issues de l'immigration ? Doit-on faire une loi pour accepter un quota de personnes handicapées ? De chauves ? Ce n'est pas possible ! Il faut aussi savoir se battre, s'imposer. Nous les femmes, Vous issus de l'immigration, nous devons nous battre, sans doute plus que les autres, pour arriver à nous imposer. Je pense qu'un parti politique doit l'accepter, et l'acceptera, s'il sent un véritable engagement et de vraies motivations. Battez-vous au niveau local au départ, et ensuite ça ira tout seul. Mais Madame a raison, il faut aussi avoir le courage de faire acte de candidature.