Mme Anne HIDALGO .
Première Adjointe du Maire de Paris.
Je suis aussi Secrétaire nationale du PS, donc je m'exprimerai aussi à ce titre là pour vous dire un peu quelle est la culture de mon parti sur ce sujet. Je rejoins beaucoup de ce qu'a dit Francine BAVAY sur la nécessité de faire évoluer la représentation de la France dans sa pluralité, dans sa diversité. Et sans doute que les résultats, ce qui s'est passé notamment le 21 avril 2002, n'est pas sans cause sur la question qui nous intéresse, parce qu'effectivement, si les Français aujourd'hui montrent un intérêt très faible pour la politique, ont une image très très dégradée de ce qu'est la politique, sauf peut-être de leur Maire, des élus locaux, parce qu'ils les voient, parce qu'il y a une proximité qui est inhérente à la fonction. Et du coup les Maires, les élus locaux ont soit une plus grande reconnaissance, soit en tous les cas on sait ce que c'est dans notre démocratie, ce qui n'est pas forcément le cas - et Francine avait tout à fait raison - d'institutions plus neuves, comme le Conseil Régional, qui pourtant travaillent sur le quotidien des habitants, des régions sur lesquelles elles interviennent. Si aujourd'hui les français se désintéressent, comme on dit, de la politique, c'est sans doute aussi parce que la représentation politique n'est pas suffisamment conforme à ce qu'est la société. Et ce constat on le fait tous. Il y a des instruments pour faire évoluer les choses - et je rejoins tout à fait Francine sur la question de la proportionnelle. Moi je suis entièrement favorable à ce qu'il y ait des doses très fortes de proportionnelle. D'ailleurs, dans notre texte de Congrès au PS, nous avons voté, donc au dernier Congrès, qu'il y ait un pourcentage de 20 % de proportionnelle sur les élections législatives, parce que c'est vrai que c'est le moyen de faire venir des personnes nouvelles, des personnes issues de l'immigration, des personnes qui, habituellement, ont peu de droit de cité, lorsqu'il s'agit d'élections sur le nom de la personne, des élections comme les législatives. Et on sait que les scrutins de liste sont vraiment un moyen très important de renouvellement du personnel politique. Donc je suis entièrement favorable à cela. Même, j'ajouterai un argument supplémentaire, c'est que plus on aura des citoyens de toutes origines, de toutes catégories sociales, des deux sexes qui viendront se mouiller les mains dans la gestion publique, plus on aura des gens qui seront dans cette culture de la responsabilité. Parce que c'est une culture de la responsabilité que de se dire un jour « voilà je vais représenter mes concitoyens et je vais m'occuper de la vie de la cité, de la vie de la région. Je vais m'occuper du bien collectif qui est le nôtre ». C'est faire preuve d'un acte de responsabilité qui ensuite entraîne notre démocratie dans quelque chose de beaucoup plus dynamique. Plus on est nombreux à venir aux responsabilités, sans pour autant y rester toute sa vie, parce que je pense que l'on n'est pas obligé de faire profession politique de vingt à quatre-vingt ans. C'est vrai que l'itinéraire politique classique de nos anciens était de rentrer à vingt ans comme assistant parlementaire et de sortir à quatre-vingt-huit ans comme sénateur. Il y a peut-être d'autres formes de s'engager politiquement que celle-là qui sont tout aussi nobles, intéressantes, valorisantes, qui apportent à l'ensemble de notre démocratie. Donc je pense que la proportionnelle est un outil essentiel dans le débat qui nous intéresse aujourd'hui.
Mais je voudrais plutôt focaliser mon intervention sur l'autre outil que sont les partis politiques, puisque dans notre constitution, les partis politiques sont là pour faire justement vivre les institutions. Ils jouent un rôle essentiel qui est prévu dans la constitution de la V ème République. Donc on ne peut pas, aujourd'hui, je crois, faire de la politique, faire changer les choses à travers les outils politiques, sans avoir une réflexion sur la façon dont les partis évoluent au regard de cette question d'une meilleure représentativité de la société française. Alors nous, au sein du PS, on a fait le constat. Depuis longtemps des voix s'élèvent pour dire que la proportion, le nombre de personnes issues de l'immigration aux responsabilités dans notre parti et dans les élections est beaucoup trop faible. Mais c'est vrai que, lors du dernier Congrès, ce sujet a été vraiment un sujet politique au coeur du débat que nous avons eu au sein du PS. Et la motion que portait François Hollande, qui est une proposition forte qui a été adoptée par plus de 62 % des militants socialistes sur toute la France, était de dire :
Premièrement il faut un renouvellement. A chaque échéance électorale il faut qu'il y ait au moins un tiers de nouveaux candidats sur les listes. Ça c'est un engagement fort que nous avons pris au Congrès. Je vais vous dire comment on le respecte.
Et le deuxième engagement c'était de faire en sorte qu'il y ait une meilleure représentation de l'ensemble de la France, et notamment des Français issus de l'immigration. Donc, dès le dernier Congrès, nous avons eu trois Secrétaires nationaux, donc membres dirigeants du parti, issus de l'immigration qui sont rentrés dans les instances nationales : Safia OTOKORE, Malek BOUTIH et Bariza KHIARI . Tous les trois sont rentrés dans les responsabilités au Secrétariat national, sur vingt-cinq membres de la Direction nationale. Je ne me compte pas là-dedans, mais je suis issue de l'immigration, et je le revendique. Je suis née en Espagne, j'ai connu l'immigration économique et politique de mes parents. Je sais ce que c'est le parcours aussi qu'ont eu les immigrés, qui, aujourd'hui, sont un peu trop facilement assimilés. J'ai horreur de ce terme et je réfute cette idée d'assimilation. Je le revendique, mais je ne me compte pas dans les trois nouveaux entrants, puisque j'y étais déjà au dernier Congrès. Donc une évolution au niveau de nos instances nationales avec une demande forte faite dans toutes les Fédérations d'avoir le même travail pour faire venir des personnes issues de l'immigration, l'idée étant, non pas d'avoir des personnes alibis, mais vraiment de s'appuyer sur des personnes - elles sont extrêmement nombreuses, et vous êtes là pour en témoigner - qui ont déjà une part active soit dans la vie associative, soit dans la vie politique. La présence de personnes issues de l'immigration au sein du PS ce n'est pas quelque chose de nouveau. On a beaucoup d'adhérents qui sont issus de l'immigration, sauf qu'ils n'accédaient pas aux responsabilités dans les instances du parti, et qui n'y accédaient pas aux listes électorales. Donc là on est dans une politique volontariste.
Le deuxième engagement c'était qu'il y ait effectivement une traduction de tout cela sur les listes que nous présentons aux élections. Le premier exercice c'est celui que nous avons d'ailleurs conclu ce matin, puisque nous avions une Convention nationale du PS pour ratifier l'ensemble des listes présentées pour les élections régionales. Alors il se trouve que, au-delà de l'affirmation de notre Congrès, du texte d'engagement dans lequel nous étions, au-delà de la présence maintenant de trois Secrétaires nationaux qui occupent vraiment toute leur place au sein du PS, il a fallu quand même pousser. Ça ne s'est pas fait tout seul. Il y a des fédérations qui ont été rappelées à l'ordre. On a fini une réunion ce matin à deux heures et demi du matin pour pousser encore les Fédérations qui n'avaient pas fait d'efforts suffisants pour mettre en position éligible des personnes issues de l'immigration. On avait, sur un certain nombre de listes, des personnes en nombre important mais, pour beaucoup, qui n'étaient pas en position éligible. Donc ce que nous avons tous dit, et François Hollande en premier, c'est qu'il ne fallait jouer à faire de poudre aux yeux. Il fallait qu'il y ait des personnes en position éligible en nombre suffisamment important. Alors on a abouti, sur l'ensemble de la France, à cinquante personnes en position éligible sûr. Cinquante personnes, sur l'ensemble de nos listes, qui seront élues. Il y a environ le double de personnes issues de l'immigration sur l'ensemble de nos listes, si on compte les éligibles et les non-éligibles. Mais ce qui nous intéresse ce sont celles qui vont ensuite occuper des mandats, notamment dans les Conseils régionaux. Donc une cinquantaine de personnes. Sur l'Île-de-France, ça doit représenter environ une quinzaine de personnes. Je n'ai pas le chiffre complètement exact. Donc une quinzaine de personnes sur une Assemblée, Francine, qui, si on gagnait la région, on pourrait avoir 122 élus, si on gagnait la région vraiment ric-rac. Donc une quinzaine de personnes issues de l'immigration qui seront sur ces listes, qui seront élus. Mais le choix que nous avons fait c'est vraiment de privilégier aussi des personnes qui sont porteuses d'une vie militante, qu'elle soit dans le parti socialiste ou qu'elle soit dans les associations. Nous avons vraiment voulu aussi faire en sorte que les personnes qui se trouvent sur ces listes soient, au-delà du symbole, du nombre, qui reste encore à améliorer... On a bien conscience que l'on n'est pas encore je dirais au niveau optimal, au niveau souhaité. Mais nous avons voulu que ces personnes représentent vraiment aussi une action politique, au-delà du nom qu'elle porte, au-delà de la couleur de leur peau, qu'elles soient effectivement entièrement légitimes à être sur ces listes de par l'action et le travail qu'elles ont déjà menés et qu'elles vont poursuivre.
Je conclurai sur la question qui a été posée. Est-ce qu'il faut des compétences particulières ? Moi je rejoins ce que dit Francine. C'est mon premier mandat d'élu. J'ai été élue pour la première fois en mars 2001. Je n'avais jamais été élue, et c'est vrai que je me retrouve première Adjointe au Maire de Paris. C'est un apprentissage sur le tas, comme Francine quand elle a été élue il y a six ans Vice-présidente au Conseil régional, on apprend sur le tas. Mais quand on a des convictions, des notions en ce qui concerne l'action collective, que l'on a aussi un parti, etc., on apprend, on apprend à être un élu, on apprend à représenter ses concitoyens. Et si on le fait avec je dirais toute la dignité, tout l'honneur qui est celui de quelqu'un qui reçoit le mandat du suffrage universel, je crois que l'on formera aussi sur le tas des générations d'élus qui vont, en mettant les mains dans le cambouis, parce que c'est quand même ça les mandats dont on parle, que ce soit le mandat de Conseiller régional ou le mandat de Conseiller municipal. Je peux vous dire que ce n'est pas une sinécure. Ce n'est pas les petits fours, les petits gâteaux tous les jours. Et heureusement d'ailleurs ! Ce n'est pas pour ça que l'on s'est présenté. On a une envie de changer la société. Mais on apprend en mettant les mains dans le cambouis. Et je suis persuadée que la meilleure école qui soit c'est cette école de l'action de terrain, quand on est élu, quand on doit assumer ses responsabilités.
A la question « que pensez-vous de la discrimination positive », Anne HIDALOGO répond :
Monsieur qui est élu de l'UMP, moi je n'aime pas être dans la caricature, dans le discours partisan. Je m'y refuse, donc je ne le tiendrai pas ici et même pas en réponse à vos propos. Je crois qu'aucun parti en France n'a bien traité la question de la représentation des personnes issues de l'immigration. Aucun parti en France. Alors c'est vrai que le parti socialiste, comme la plupart des formations progressistes, des formations de gauche, a au coeur de son identité le combat pour l'égalité, le combat contre les discriminations. Et la question notamment des jeunes Français issus de l'immigration, qui avait explosé il y a vingt ans, est une question qui, naturellement, est venue comme une question assumée, débattue, défendue, au sein du parti socialiste, parce que ça fait partie de nos fondamentaux. Le parti socialiste est un parti qui est centenaire qui a toujours fait de la lutte pour l'égalité et contre les discriminations un de ses fondements identitaires, ce qui n'a pas été bien évidemment réussi - et je l'ai dit et nous sommes nombreux à le dire aujourd'hui. C'est que, à partir de cette lutte pour l'égalité et contre les discriminations, on a pas eu la traduction en terme notamment de personnel politique - je n'aime pas trop ce terme mais je l'utilise quand même - qui représente l'ensemble de la société française. De la même manière d'ailleurs, au sein de notre parti, comme au sein d'autres partis, la question de la place des femmes ne s'est pas faite naturellement. Il a fallu forcer, il a fallu combattre pour imposer la parité, pour, en 1997, quand Lionel JOSPIN était Premier Secrétaire du parti, imposer qu'il y ait 30 % de femmes candidates aux élections législatives. Ça ne s'est pas fait tout seul. Ça je crois que personne ne le nie. Bien sûr je suis dans ce parti, j'ai choisi d'y adhérer, d'y militer, parce que je me reconnais dans les valeurs qu'il défend, j'en assume l'héritage, mais je revendique le droit à construire l'avenir. Et construire l'avenir avec toute une génération de gens qui se sont retrouvés, après le 21 avril, mais bien avant d'ailleurs, sur l'idée que la représentativité de notre parti n'était pas conforme à ce qu'est la société française. J'ai défendu, au côté de François HOLLANDE, la motion qui était très très précisément centrée sur ce thème-là. Donc je revendique vraiment le droit à construire l'avenir, et je refuse de me laisser enfermer dans un jeu de culpabilisation qui ferait qu'on serait disqualifié à parler de l'avenir parce qu'on n'aurait pas tout bien fait dans le passé. Ça je m'y refuse. Je vous laisse bien sûr tout à fait libre d'avoir l'opinion et la pratique politique que vous souhaitez, mais, pour ma part, je suis dans la construction de l'avenir au vue de l'histoire de nos partis, sur laquelle je m'appuie pour avancer.
Alors, Monsieur, concernant vos arguments sur le « pourquoi cette fois-ci vous faire confiance ? ». Vous savez, j'ai choisi de m'engager dans ce parti. Je pourrais faire autre chose. J'étais inspectrice du travail. J'avais une vie professionnelle bien remplie, dans laquelle j'avais vraiment le sentiment d'être utile aussi à la société. En même temps, quand je vois la façon dont fonctionne notre démocratie - qui est vraiment je crois un trésor à préserver, à construire tous les jours -, quand je vois les mauvais traitements qu'elle subit en permanence, quand je vois l'état de délabrement dans lequel, aujourd'hui, est bien souvent notre système politique, parce que beaucoup de nos concitoyens ne s'y intéressent plus, parce que les politiques sont totalement discrédités et parfois bien souvent injustement discrédités, parce qu'il y a un modèle dominant qui est véhiculé à longueur de journée par les grands médias sur le fait que les valeurs de notre société ce serait le « chacun pour soi », « éjecter le maillon faible », etc. et plus du tout des valeurs de solidarité, des valeurs d'appartenance, des valeurs qui marquent notre appartenance à une collectivité humaine. Et bien quand je vois les dégâts qui sont faits autour de nous, en grande partie par cette musique du désintérêt pour la politique, je me dis que je n'ai pas le droit de rester en dehors de ça. Et je peux vous dire que ma vie serait sans doute beaucoup plus agréable, beaucoup plus sereine, si je n'avais pas plongé de plein pied dans ce bain politique, pas pour assumer un poids - ce que disait Francine est très juste, le pouvoir ça n'existe pas. Il y a ce que l'on en fait. Et je peux vous dire que, franchement, être élue municipale, ce n'est pas vrai, Monsieur, quand vous dîtes « les élus se présentent, on vote pour eux et après on les voit plus ». Ce que je peux vous dire c'est que, franchement, aujourd'hui, c'est plus exactement ça, la vie politique. Il peut y avoir encore des hommes ou des femmes politiques qui continuent à exister, à être plutôt sur des approches théoriques, peu sur le travail de terrain. Je peux vous dire que franchement les élus que je vois autour de moi, à la Mairie de Paris ou au Conseil régional, c'est des gens qui ont des "valises" sous les yeux, qui passent leur journée à essayer de dépatouiller tous les problèmes qui se posent autour de nous et qu'il y a un investissement personnel, politique, etc. qui fait que l'on sacrifie beaucoup de choses. Je vais m'arrêter bientôt mais je voulais vous dire ça. Donc qu'est-ce qui peut vous donner envie ? Je crois que l'on a à construire l'avenir. Moi je me réjouis effectivement qu'avec des formations politiques comme les Verts nous nous rejoignions sur une partie de l'analyse de la situation de la société, que nous nous rejoignions sur une partie des objectifs, que nous ayons une identité propre avec une histoire propre. Nous sommes un vieux parti. Les Verts sont un parti beaucoup plus jeune. Je me réjouis qu'il y ait une possibilité d'envisager ensemble l'ordre politique qui fera que nos concitoyens auront enfin envie de se ré-intéresser à la chose publique, parce que c'est leur vie. Alors après on ne vous demande pas de signer un chèque en blanc. Jugez sur pièce. Jugez sur pièce à partir de l'action que vous voyiez que nous menons au Conseil régional, à la Mairie de Paris, là où nous sommes en responsabilité. Est-ce que nous sommes complètement en dehors du mandat qui nous a été fixé par les gens qui nous ont élus ? Je n'en sais rien. Si c'est le cas, il faut le dire. Si ce n'est pas le cas, il faut arrêter de douter.
Alors, dernière chose, parce que je voudrais dire à Monsieur que je suis entièrement d'accord sur le statut de l'élu. La limitation du cumul des mandats, c'est indispensable comme outil. Discrimination positive. Moi je suis effondrée, parce qu'étant militante féministe, le mot « discrimination positive » était plutôt un mot positif parce qu'il avait permis de faire avancer la cause des femmes et la cause de l'égalité dans notre pays. Et puis un beau jour on entend celui que le Maire de Paris appelle Zorro dire qu'il va utiliser la discrimination positive parce qu'il va nommer un Préfet musulman. Mais je trouve cela révoltant, je trouve cela consternant. Qu'il y ait à mettre en place des outils pour qu'il y ait une réelle égalité des droits, une application réelle de l'égalité, ça me paraît évident, mais partir d'une appartenance religieuse pour qualifier celui qui représente la République, le Préfet, par son appartenance religieuse, et dire qu'on va faire de la discrimination positive dans ce sens, je crois que ça serait une faillite de la République française et que mettre le doigt là-dedans c'est effectivement prendre la responsabilité de casser la République française. Donc je suis révoltée par ces propos. Voilà, je m'arrête là, j'ai été trop longue.