Allocution de Madame Khédidja Bourcart

Maire-Adjointe à la Ville de Paris chargée de l’intégration et des étrangers non communautaires

Bonjour, tout d’abord, je suis contente d’être parmi vous. Cela devient un rendez-vous annuel, régulier. Je rencontre nombre d’entre vous tout au long de l’année . Je suis ravie qu’au cours de ce colloque des mises au point puissent être faites. Je remercie Aide-Fédération pour l’organisation de cette manifestation et plus particulièrement son président. Je remercie aussi l’ensemble des participants. Je salue l’ensemble des Élus qui sont présents et qui manifestent leur intérêt

Alors, revenons à la conférence : elle me semble d’actualité - pas seulement cette année, mais depuis hélas, j’allais dire, depuis une quinzaine d’années. C’est un sujet récurent, mais c’est un sujet qui a besoin d’être continuellement abordé, car on n’y a pas encore répondu. Soit la place de nos concitoyens d’origine extra-communautaires dans la politique, dans le syndicalisme, leur place au niveau de l’administration.

Je suis très contente – et je suis d’accord avec vous – que vous ayez ouvert le champ de la représentation autrement que par le politique. La dimension politique est forcément intéressante et elle doit être abordée. Vous l’avez déjà abordé lors de vos autres conférences. Mais, il est important, aussi, d’ouvrir sur d’autres champs. Il faut savoir, premièrement, qu’il ne s’agit pas que d’un problème franco-français. C’est aussi un problème européen. Je reviens de Nuremberg, où un certain nombre de villes se posent les mêmes questions que nous, ici, en France. Également, cette question de la représentation se pose au niveau du monde du travail, des Syndicats, au niveau de l’Administration, au niveau de tous les champs de la vie quotidienne.

Au regard des deux tables rondes que vous avez prévues pour cette journée de réflexion, je me pose la question suivante : qu’est-ce qui fait qu’une partie de nos concitoyens se sente exclue ? qu’elle se sente discriminée ? Je pose la question sous cette forme parce que je ne suis pas convaincue que la réponse doive venir essentiellement, exclusivement, des partis politiques, et ce pour deux raisons essentielles. Parce que je pense que la réponse est apportée en fonction de la question de l’intérêt porté à la réponse. Aussi parce qu’on ne peut pas s’arrêter qu’au champ politique.

C’est l’ensemble des dispositifs d’intégration sociale qui sont en panne. Exclusion, discrimination, nos concitoyens d’origine extra-communautaire nous renvoient toujours, et une fois de plus, à l’idée de l’intégration, à l’idée d’un destin commun.

Alors je ne reviendrais sur l’idée de la construction de l’intégration de la société française, qui s’est poursuivie depuis plusieurs siècles, et notamment tout au long du 20ème siècle et qui s’est construite de manière récurrente. La population française s’est constituée par l’apport de nouveaux arrivants, devenus plus ou moins rapidement, plus ou moins facilement français : aujourd’hui ils sont ce qu’on appelle des français à part entière.

Cette intégration - cette insertion - a toujours été d’abord sociale. Elle s’est faite par le lien avec des proches, dans l’entreprise, dans l’atelier, dans le quartier, à l’école. Mais cette intégration, ce n’est pas la citoyenneté en elle-même, même si elle la prépare en théorie.

Je rappelle toujours – puisqu’on parle d’intégration – qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise intégration, qu’il y a des gens qui s’intègrent au fur et à mesure, comme ils le peuvent. En France, notamment, si je me réfère au Rapport qui provient de la Cour des Comptes, comme je dis souvent « il n’y a pas eu de politique d’intégration » . Le rôle des Politiques est de l’accompagner. Tout le long du 20ème siècle, les gens se sont intégrés, à leur manière, comme ils le pouvaient, parfois ou souvent mal, avec beaucoup de souffrances, beaucoup de difficultés, mais cette intégration ne se décrète pas par le politique. Le politique l’accompagne.

Je dis cela, parce qu’aujourd’hui, pendant que vous êtes réunis, le Haut-Conseil à l’Intégration est en train de distribuer des bons points aux gens bien intégrés - qui ont réussi socialement. Et moi, cela me pose quelques soucis. Alors qu’il s’agit d’avoir sa place dans la société, alors qu’il s’agit de représentation, on distribue des bons points, à la méritocratie - j’allais dire à ces Indigènes - de ces Français un peu obligés de devoir prouver qu’ils sont de « bons Français ». On confond l’intégration sociale et l’appartenance à la collectivité nationale - quelque soit la place occupée par chacun.

Je voulais aussi vous remercier d’avoir introduit le débat sur le monde du travail. Ce, parce que c’est d’abord le premier lieu que les parents ont rencontré. C’est le lieu aussi où l’intégration – dans le sens noble où l’on appartient et on participe à une collectivité, d’être partenaire à part entière dans la collectivité - et l’insertion se fondent. Qui dit monde du travail dit monde syndical. Et je pose les questions : « Qu’en est-il de la place des migrants et de leurs descendants dans le monde du travail, de leur place dans l’espace syndical ? », « Quel rôle joue les espaces professionnels et syndicaux pour accompagner la lutte contre la discrimination dans l’emploi ? ».

Je dis cela parce que, dans le monde syndicale, aussi, les migrants – parce qu’on ne peut pas parler des enfants sans parler de leur parents d’abord. Je l’ai déjà dit à cette conférence. Les migrants, pendant très longtemps, durant plusieurs années, ont fourni le plus grand contingent ou du moins l’un des contingents les plus importants des centrales syndicales. Dans les années 56, les Algériens étaient en tête de liste dans les étrangers syndiqués. Aujourd’hui, qu’est-ce qui s’est passé, qui a raté au niveau des syndicats ? En effet, aujourd’hui, malgré un engagement dans le monde du travail, dans les syndicats, ces personnes sont très peu représentées.

Je voudrais, aussi, vous rappeler les grandes grèves de la fin des années 70, notamment dans l’industrie automobile : les étrangers ont été quand même extrêmement présents. Ils ont tous disparu ou sont, tout au moins très peu visibles dans l’univers syndical. Je pense qu’il y a des questions à se poser : on ne peut pas parler de le représentation politique sans parler de la représentation dans d’autres champs sociaux.

Il y a – je suis élue du 11ème arrondissement – un nom qui me vient tout de suite : c’est la maison des métallos, rue Jean-Pierre Timbaud. J’aimerais bien que, dans nos villes, il y ait de la place pour ces étrangers venus des anciennes colonies, qui ont participé aux luttes pour les droits démocratiques fondamentaux et ce pour l’ensemble de nos concitoyens. Le jour où nous aurons une rue dénommée « Mohammed Bekki » dans le 11ème arrondissement, les choses changeront dans les consciences. Cela fait partie des symboles, mais c’est extrêmement important pour la visibilité.

J’ai beaucoup parlé des parents : chacun a une histoire. Il est très important qu’elle soit reconnue et disons par ces enfants. On a longtemps crû que ces immigrations ne seraient que temporaires. Mais, aujourd’hui, ils sont Français, comme tous les autres, même si, souvent, on les appelle « les Français issus de l’immigration ». Alors, heureusement, il n’y a pas que des choses négatives, il y a des évolutions qui commencent à se faire. Cette réunion en est aussi la preuve. Dans les syndicats, il y a aussi une prise de conscience qui se fait. Il y a beaucoup de retard à rattraper. Je voudrais saluer le travail qui est fait par la C.F.D.T-Paris sur les luttes contre les discriminations et la formation de ses militants. Je voudrais aussi saluer la C .G .T qui travaille sur ces thématiques aujourd’hui. Mais il faut aller encore plus en avant.

Quand on parle de représentation cela me renvoie à l’exclusion, à la lutte contre celle-ci et à la lutte contre les discriminations. Il faut se poser la question de la place que nous souhaitons pour les Français. Il est impossible de construire une histoire collective, d’avoir des repères communs si une partie de la population est exclue de ces champs d’expression. On ne pourra pas dire qu’ils sont intégrés, même s’ils ont réussi matériellement. Mais s’ils ne sont pas des citoyens à part entière - à savoir qu’ils puissent jouer leur rôle politique, leur rôle syndical, leur rôle de représentation dans les autres sphères - ils resteront des citoyens de seconde zone.

Bien entendu, le politique est important. Il accompagne mais il devrait être aussi la conséquence de cette interaction de ce « faire » entre tous les lieux, tous les différents lieux d’expression. Bien entendu, il y a extrêmement à faire : les syndicats, la représentation dans l’administration, mais aussi les lieux scolaires. Le rôle du politique est de mettre en place des politiques d’accompagnement contre les discriminations, d’accès aux droits de formation .

Mais en même temps la question est collective. Il y a un grand pari – je représente aujourd’hui la ville de Paris, ma question se pose aussi en tant qu’élue d’une grande ville. Toutes les grandes villes françaises et les grandes villes européennes seront confrontées et, de plus en plus confrontées, au vivre ensemble. Mais pas seulement pour la cohésion sociale, mais le « vivre ensemble » est nécessaire pour que chacun puisse y trouver sa place, dans la dignité et dans le respect de tous ses droits. Cela ne pourra être respecté que si chacun peut s’y exprimer et peut s’y sentir aussi représenté réellement. On peut mettre en place des lois. Mais c’est extrêmement important de savoir que les lois ne feront pas tout. Il nous reste beaucoup à inventer ensemble au sein de nos partis, au sein de nos structures syndicales, au sein de nos administrations, au sein de nos associations : je pense qu’il n’y a que comme cela qu’on peut avancer. Votre colloque est aussi un moment d’expression qui permet de faire avancer les débats et de faire sortir un certain nombre d’initiatives. C’est pour cela que je vous souhaite bon travail et bon courage.


 

 

De 1988 à 1999
Conférence
Photos de Participants
 
Conférence 2000
 
Conférence 2001
Contre les Exculations
Contre les Discriminations
 
Conférence 2002
Actes de Colloques
Photos de Participants
 
Conférence 2003
Programme
Intervenants
Synthese
Photos de Participants
 
Conférence 2004
Programme
Intervenants
Synthese
Photos de Participants
 
Conférence 2005
Programme
Intervenants
Synthese
Photos de Participants
 
Conférence 2006
Programme
Intervenants
Synthese
Photos de Participants
 
Conférence 2007
Programme
Intervenants
Synthese
Photos de Participants
 
Conférence 2008
Programme
Intervenants
Synthese
Photos de Participants
 

 


 

ONG d'action humanitaire et d'aide au développement,
Dotée du statut consultatif général par le Conseil Economique et Social des Nations-Unies
© 2002 - 2008 All Rights Reserved.
 
Télécharger ci-dessus flash player pour une meilleure visualisation