Madame Khédidja BOURCART
Adjointe au Maire de Paris chargée de l’intégration et des étrangers non communautaires
Je suis gênée de reprendre la parole. Vous me posez la question de la place de l’élu d’origine étrangère, extra-communautaire. Je suis toujours un peu embêtée : quand je me suis représentée aux élections, ce n’est pas sous ce titre.
Suite à mon parcours, je me suis présentée en tant que française et que je voulais ma place en tant qu’élue non pas de la nation, mais au moins de ma ville par l’ensemble des personnes. Mais j’étais en même temps consciente non pas de représenter les gens de l’immigration, loin s’en faut. J’étais consciente que je n’avais pas une place anodine. Il se trouve que je suis en charge de l’intégration, je ne suis pas en charge de l’environnement, c’est une question qui est à poser aussi. C’était un sujet qui m’était aussi cher.
Comme vous le dites, on est confronté, non seulement à une discipline de parti, également à une discipline de l’exécutif, mais aussi à la place que les élus de l’exécutif - auquel j’appartiens - souhaitent donner à ces questions d’ordre sociétal. On pourra avoir des quotas, comme les « français issus de l’immigration ». Ils sont issus, pour faire vite, des anciennes colonies. Mais j’estime que si dans les grands ensembles, ceux des sphères – comme je le disais tout à l’heure - des syndicaux, dans les grandes associations. Si la place n’est pas occupée dans ces champs, on ne restera que des témoins. Il est possible qu’on ait 1, 2, 3 élus issus de l’immigration. Mais on ne restera que des témoins, s’il n’y a pas en même temps une synergie avec le reste de la population.
Il faut qu’on se pose aussi les questions sur le rapport entretenu avec cette immigration. Pendant très longtemps, on a pensé que ces étrangers allaient repartir : c’est une donnée importante. On n’a jamais pris en compte qu’ils pouvaient s’installer et qu’ils pouvaient être des partenaires et des citoyens à part entière. Quand il y a eu la marche des Beurs en 1984, c’était pour demander une égalité de citoyenneté et le droit de vote pour leurs parents. Cela n’a pas été entendu. On a pensé qu’on n’avait pas besoin d’instrument d’accompagnement. On a pensé que les gens n’en avaient pas besoin parce qu’ils seraient amenés à partir. On a pensé que la part de ceux qui ne partiraient pas serait résiduelle. Si je disais cela c’est parce que les partis, à ce moment là, n’en ont pas pris en compte. Les syndicats non plus. Ni dans les faits de la représentation.
Je suis toujours gênée par l’expression « l’ascenseur social est en panne ». Est-ce que ce n’est pas un mythe aussi de notre République « l’ascenseur social est en panne » ? A-t-il seulement existé ? Quand je revois le monde ouvrier - les immigrés appartiennent au monde ouvrier - il n’a pas profité, à ce titre, de cet ascenseur.
Effectivement, l’école a permis que quelques gens des couches populaires, ouvrières, montent socialement en grade, notamment dans l’administration, même s’ils restent eux aussi des témoins. Pour pouvoir travailler sur la question de la représentation des immigrations, je dis qu’il faut aussi la poser en terme de la représentation des populations populaires dans le système français, à tous les niveaux. C’est une grande question, je vous la soumet. L’immigration en soi est le miroir grossissant de la société française. Ce qui se passe de manière accentuée pour les gens originaires d’autres pays extra-communautaires - originaires des colonies, pour faire rapidement - est le reflet exacerbé de ce qui se passe aussi pour le reste de la société française. Donc, on ne peut pas, non plus, simplement évacuer cette approche . Je laisse ce point à votre réflexion.