Intervention de Monsieur Jean DESESSARD

Sénateur de Paris / des Verts

C’est sympathique de me trouver avec vous. Normalement, c’est Halima qui vient vous voir. Elle est partie en voyage en Égypte pour une semaine, j’ai le plaisir de représenter les Sénateurs Verts, ici.

J’ai quand même un avantage ici, puisque sur 4 Sénatrices, nous avons 25 % de personnes issues de l’immigration : nous avons Halima Boumédienne. C’est quand même un score très intéressant. Il faut dire qu’avec quatre élus c’est assez facile - une fois qu’on a une représentante. On verra lorsque nous serons 60 ou 70 au Sénat si nous conservons le même pourcentage. Je le souhaite puisque, comme l’a dit madame Isabelle Debré, il est évident que la diversité c’est un plaisir de travailler avec des hommes et des femmes, des personnes de toute profession et de toutes les origines. C’est évidemment un plaisir, un bien pour tout le monde. C’est effectivement un symbole de ce qu’est la France aujourd’hui.

Maintenant on sait très bien que nous n’y arrivons pas. Même si on a eu deux personnes d’origine étrangère aux élections sénatoriales à Paris, puisque nous étions 2 sur 7. C’étaient donc Bariza Khiary, pour le P.S, et Halima Boumédienne. On retrouve ce score encore une fois à Paris. Bien sûr les chiffres sont loin de représenter la diversité de la nation puisqu’on a très peu de conseillers régionaux, aucun député issu de l’immigration. Donc 2 sénatrices sur 331. Pour les conseillers régionaux, je crois qu’il y en a 4 ou 5. Je dois rappeler que même s’il y a eu une liste de promotion, je suppose, sur la liste U.D.F - une liste de droite, c’est tout de même les listes de Gauche qui permettent ces représentations. Mais il faut quand même faire un effort supplémentaire.

Alors, le problème n’est pas simplement de dire « battez-vous ! ». Parce qu’on pourrait dire à ce moment précis « Comment serions-nous bons puisqu’on nous avons moins de représentation ? ».

Il faut quand même bien voir que nous vivons dans une société de classe, de standarisation. Il est évident que pour les personnes - issues de quartiers difficiles, d’un milieu défavorisé, d’un milieu économique difficile ou d’un milieu où culturellement il faut se battre davantage - c’est beaucoup plus difficile. Ce n’est pas seulement une question liée à l’immigration : cela a été le cas dans toute l’histoire française, de l’histoire mondiale. Effectivement, cela a toujours été plus difficile pour un fils de pauvre de devenir riche. Un fils de riche, lui, n’a plus qu’à se maintenir. C’est une question sociale d’ordre général : il faut tout de même remettre les choses à leur place.

Le premier constat : le combat pour l’égalité, y compris par rapport à l’origine, est le combat social. C’est-à-dire qu’il y ait des emplois pour tous, qu’il y ait la possibilité d’avoir un logement pour tous. Il est évident que s’il y a assez de logements à louer, le propriétaire n’aura plus le choix : il sera obligé de le louer à la personne qui sera prêt à le payer. Il est évident qu’à partir du moment où il y a du travail pour tous, cela profitera à chacun. Je crois que le premier acte politique, c’est effectivement une société où il y a le droit au logement, le droit au travail, le droit à une qualité de vie à laquelle nous aspirons tous. Je crois que c’est cela qu’il faut dire en premier.

Le second c’est le problème de la standarisation. C’est-à-dire qu’on vit dans une société où il y a des standards :
- « quelle serait la personne qui serait la plus à même de nous représenter ? »
- «quelle est la personne qui va convenir le mieux au guichet ? »
- « quelle est la personne qu’on verrait le mieux comme chef d’entreprise ? »

Il y a là des stéréotypes. Certaines personnes souffrent de cette standarisation. C’est vrai, effectivement, pour les personnes issues de l’immigration. C’est vrai pour les personnes handicapées. C’est vrai pour les personnes qui sont plutôt fortes. C’est vrai pour les personnes qui sont plutôt agressives. C’est vrai pour les personnes qui ont du mal à s’exprimer. Il y a des standards qui rendent la tâche plus difficile. C’est inégalitaire pour avoir un travail, un logement, et ainsi de suite … Il faut effectivement lutter contre cette standarisation.

Le dernier point – et j’interviendrais là-dessus un peu plus longtemps – concerne la représentation politique. Je ne donnerais de leçons à personne, parce qu’on a les mêmes difficultés, nous les Verts, que les autres partis. On pourrait penser que les Verts y arrivent – puisque les rapports Nord-Sud sont très importants pour nous. On est de tous les combats pour l’intégration, pour accepter les sans-papiers et ainsi de suite.

Mais on ne parviens pas, nous, dans notre propre parti, ou difficilement à faire figurer une véritable représentation. Il faut poser ici, effectivement, un certain nombre de mesures. Est-ce qu’on doit aller jusqu’aux quotas des personnes ? C’est une question évidemment posée, puisqu’on s’est aperçu qu’on avait les mêmes difficultés – même si on est un parti féministe – pour que femmes trouvent toutes leur place. C’est pour cette raison que chez les Verts, depuis longtemps, il y a eu obligation de parité hommes / femmes . Cela voulait dire qu’à la tribune il ne pouvait pas y avoir une femme toute seule. Il fallait un homme. Quand il y avait deux hommes, il fallait deux femmes, etc. On finit par s’habituer à ce qu’il y ait une véritable parité.

La parité a permis – au niveau français – qu’il y ait une véritable représentation des femmes dans les Conseils Municipaux, dans les Conseils Régionaux. Maintenant au Sénat, on s’aperçoit qu’il y a des listes proportionnelles qui permettent cette représentation. On voit très bien que dans les départements où il n’y a pas de liste, où il n’y a pas de parité, ce sont souvent des hommes qui sont au pouvoir. Aux Conseils Généraux – qui ressemblent aux Conseils Régionaux – ce sont souvent des hommes. On voit très bien qu’il y avait la nécessité pour les femmes de mettre en place des quotas pour avoir une véritable représentation des femmes.

Quel est l’intérêt des quotas ? Effectivement cela change les mentalités et les stéréotypes. Je crois que c’était là l’idée du C.V. anonyme. Si on met sur notre C.V notre nom, tout de suite on le rejette. Par contre s’il est retenu et qu’il y a la rencontre entre l’employeur et le candidat, il y a autre chose qui joue. C’est-à-dire qu’au moment de la rencontre, on dépasse le préjugé et le stéréotype. La personne aura la possibilité de s’exprimer. C’est dans ce sens là que l’idée du C.V anonyme est intéressante, mais je ne vois pas facilement sa mise en œuvre. C’est, en effet, quelque chose de difficile : je ne sais pas comment faire. Si on reprend le problème des « chasseurs de têtes » par exemple comme le pratiquent beaucoup d’entreprises maintenant. Je n’aurais jamais eu la chance de trouver un boulot dans ce cas là. Ils m’auraient toujours considéré comme « hors standard ». Je n’ai pas l’aspect général attendu d’un cadre, par exemple. C’est un critère de standard qui joue. Il faut effectivement qu’il y ait une rencontre avec, surtout, cette reconnaissance de la capacité personnelle.

Au niveau des Verts, que pourrait-on proposer si on ne retiens pas l’idée des quotas de personnes ? On a eu ce débat. Comme l’a dit madame Borvo, à partir de quel pays se pose les problèmes de l’immigration et des personnes qui en sont issues ? Est-ce qu’il s’agit de l’immigration issue d’Afrique ou de l’Amérique Latine ? Comment on évalue cela dans un parti ? Ce n’est pas une chose facile.

Par contre, on pourrait reprendre l’idée de la discrimination positive par rapport au territoire. Autrement dit, on pourrait considérer, dans certaines villes, certains quartiers, certains arrondissements ou certains cantons, que là où il y a une forte communauté d’origine immigrée très active du point de vue économique – puisqu’il y a des endroits où il y a une grande activité économique – on pourrait privilégier dans ces territoires les personnes qui sont en adéquation avec la population.

Pour finir – c’était une introduction au débat :

• Un, si on veut militer ensemble, c’est d’abord au niveau social. Ce sont les conditions sociales qu’il faut améliorer.
• Deux, s’il y a un système de discrimination positive, c’est par rapport au territoire qu’il faut le mettre en place.
• On a tous une lutte à faire, notamment contre le phénomène de standarisation dans notre société, c’est-à-dire contre les stéréotypes.
• En ce qui concerne les partis politiques, je crois, qu’on a une grande réforme à faire au niveau des partis politiques. C’est-à-dire que l’on passe du discours au faire. C’est dans le faire que les gens se font connaître, dans l’action, dans les projets. Ce sont ceux qui sont capables, ceux qui réussissent, ceux qui sont fiables qui sont reconnus. C’est dans le faire. Il nous faut, dans la politique, en effet, retrouver ce sens du collectif, de la solidarité et du faire ensemble. Il faut absolument multiplier les expériences de travail ensemble. Ceci rendra possible aux personnes de se présenter aux élections et représenter des idées.

Je suis sûr que je vous verrai dans trois ans – parce qu’il faut trois ans pour l’élection des conseillers régionaux et des députés. D’autres personnes seront à ce moment élues puisque les prochaines élections auront lieu en 2007-2008. C’est vrai c’est une grande question. Une grande question qu’on se pose au niveau du parti des Verts.

Dernier point : on a aussi une grande carence au parti. C’est un parti international. On a eu la création de partis Verts dans toute l’Europe, en Amérique du nord, en Asie. On a un grand problème de création de parti écologiste en Afrique. Pourtant l’Afrique est soumise à des problèmes écologiques très importants. Au Maroc, on n’a pas de parti Verts non plus. Alors qu’il y a une forte communauté gardant des liens là-bas : on pourrait en créer là-bas


 

 

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